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Un papillon est mort

Depuis dix ans bientôt, je m’échine à mettre en place un cadre de travail, mais cette démocratie me refuse le plus fondamental des droits, celui de vivre de son labeur; on assassine un engagement pour la nature et un projet de vie, on tue un enfant dans le ventre de sa mère. A armes inégales, l’administration zélée est parvenue à détruire mes activités pollinisatrices. Rien ne m’a été accordé, aucune clémence, rien ne me sera épargné**. J’ai perdu trop de temps et d’énergie à me défendre, en vain… Mes intentions étaient bonnes, je voulais être utile, et en diffusant ce témoignage, espère l’être d’une manière ou d’une autre; maintenant je passe à autre chose,  je serai désormais inutile, perdu pour la société; il y a des limites et un temps à tout, et j’ai d’autres choses plus intéressantes à faire. Ce blog n’a donc plus de raison d’être, et se termine donc ainsi; c’est la fin de l’histoire. Merci au revoir.

On me parle de rebondir, l’expression conventionnelle de l’asservissement salarial, pour dire réintégrer le moule, aller de l’avant… mais pour moi, ça veut dire revenir en arrière… alors non, je vais assumer mes choix et leurs décisions, et aller jusqu’au bout de mon chemin. Je vais explorer le fond du fond, sans élan donc sans rebond, tel un papillon se posant, dans ce trou de cassagnes, et cette nature retrouvée, où je continuerai à vivre mon retour à l’essentiel avec ce qui me reste de force et d’abnégation, et je survivrai. On ne m’entendra plus, mais je serai là, tapi dans l’ombre, tel un tigre des bois. Je garderai ma rage muette, ma colère sourde et ma déprime sèche, pas de larme à faire couler, mais je serai là, lucide dans un silence plein, dans la plénitude de mon isolement, en dehors de ce système moribond. J’ai atteint mon point de non retour, un gouffre me sépare de ce monde. Ce monde de mensonge où le fond s’est perdu dans la forme. J’ai échoué comme tant d’autres, mais j’ai essayé avec mes petits moyens, j’ai même espéré la révolution des abeilles, pour enfin réaliser ce que j’avais compris depuis longtemps, cette société n’est qu’une mascarade à grande échelle. Alors je me tais pour de vrai. J’ai pu dire ce que j’avais à dire et faire ce que j’avais à faire, et je n’ai pas de regret. Lord have mercy.

Un papillon est mort. Les papillons ne durent guère. Je ne suis plus qu’un souvenir transparent oublié dans l’immensité. Je ne suis plus rien, plus que le vent qui emporte ses ailes… Si l’on ne croit que ce qu’on voit, on ne croit pas au vent alors… mais je suis dans l’air maintenant, l’air du temps. Et libre comme l’air, l’air de rien. Cet air est aussi celui des autres laissés-pour-compte, celui que l’on respire, porté par un vent de tempête, chargé et de plus en plus lourd, il tournera un jour à l’orage. Alors dans un appel d’air, aspiré par un souffle de liberté, je sortirai de ce trou par le haut, laissant devant et derrière les vents de colère, pour n’être qu’une brise restant accrochée dans les feuilles d’un grand arbre, assurant une dernière pollinisation anémophile et disséminant quelques graines au passage; ce sont elles que je regarderai grandir, dans le plaisir frugal de voir pousser les arbres, ce sera mon bonheur de simple. ,

** Et effectivement (selon les dires du maire) le conseil municipal a bien décidé par vote, le recouvrement par le trésor public de la somme de 1200 euros, que je suis donc obligé de payer sous peine de nouvelles poursuites… C’est triste à dire, mais ce maire nullissime donne ainsi raison à mon histoire. Je lui souhaite juste de pouvoir se regarder dans un miroir.

Commentaires

Comment from Cathou Laval
Time 21 octobre 2012 at 00:19

Sale journée aujourd’hui.
Des frelons avaient élu domicile au bord de la petite route qui mène à l’estuaire, très proche de la maison.Sur le sommet d’un mur, bien à l’abri d’un petit essaim. Mon fils en avait peur. Alors nous allions régulièrement leur rendre visite, j’ai laissé mon fils observer et mettre des mots; sa peur s’est évanouie; ils étaient devenus nos amis. Et puis ce matin, un humain déguisé les a aspergés d’une poudre blanche bien dense.
Ils n’embêtaient personne. Ils faisaient seulement partie de ce tout qui ne peut continuer à exister que dans l’équilibre….
Mon fils en fin d’après-midi est rentré avec un frelon agonisant sur une feuille d’automne. Saupoudré de blanc. Il agonisait, j’ai abrégé ses souffrances. Je suis sortie sur la petite route et là, constatant que d’autres membres de la colonie agonisaient aussi, sur le macadam froid et humide, j’ai abrégé leurs souffrances. Après ces gestes extrêmement difficiles, je me suis sentie très mal, très triste, découragée….mais j’ai malgré tout joué au ballon.
L’homme est décidément sans pitié lorsqu’il est guidé par ses peurs.
Alors Papillon, je vous envois un sourire de soutien, un sourire triste pour saluer votre dernier partage. Je comprends ce gouffre entre vous et le monde. Cela fait longtemps qu’il m’accompagne.
Continuer votre retour à l’essentiel. Je suis certaine que le vent va déposer mine de rien avec une infinie délicatesse quelques surprises sur votre chemin pour vous redonner du baume au coeur.
L’espoir qui m’anime encore est entretenu par mon fils âgé de 9 ans dont les yeux brillent devant un bel arbre encore debout, devant une fleur que le soleil couchant embelli, devant un insecte qui le surprend; cette sensibilité m’émeut toujours beaucoup. L’école laïque qu’il découvre seulement cette année est entrain de gommer subtilement mais sûrement ses différences, je le sens.
Ce soir, j’ai envie que la Terre s’arrête de respirer pour tous nous emporter.
Cathou